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Historique |
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A raconter ainsi l'histoire de l'Association La Bourguette comme un conte plein de merveilleux, il semblerait que ce soit une tentative de nier l'existence et la persistance des séquelles handicapantes de l'autisme.
Pourtant ces pages seraient vite remplies si nous devions énumérer tous les moments de crise, de désespoir. Une association qui lutte n'est pas un remède contre la psychose. C'est tout au plus un moyen de faire triompher la vie tous ensemble. Notre rôle de fondateurs perpétuels et de gestionnaires est de donner aux professionnels les moyens de faire leur travail, de leur garantir notre soutien réel et exigeant.
| "...une ombre en ces pauvres yeux, humiliante et solennelle... Il implore pitié, avec son modeste, son terrible regard, et non pour son destin, mais pour le nôtre... |
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| Est-ce à lui, trop honnête,trop pur, de s'en aller tête baissée mendier un peu de lumière pour ce monde ressuscité par un obscur matin ?" |
Pier Paolo Pasolini
in "poésies", Editions Gallimard
L'histoire qu'on me demande d'écrire a commencé bien avant
1973, date officielle de la création de notre association, par la longue quête de
quelques parents à l'époque des premières prises en charge partielles de leur enfant,
des faux espoirs, des bonnes paroles prodiguées à heure fixe chaque semaine.
"Est-ce là toute l'aide que l'on peut apporter à nos enfants ?", nous
demandions-nous. "Va-t-on les abandonner à leur univers chaotique, où nous sommes
si maladroits à les rejoindre ? N'y a-t-il vraiment rien à faire ?"
Belle formule ce "rien à faire" pour résumer toutes ces heures, ces longues heures de la nuit qui n'en finissent pas de devenir un jour noir, un de plus.
Certes, dans tous les pays, les parents d'enfants autistiques disent
toujours la même chose : un lutte tellement inégale contre un mal trop malin, course
folle de toute une famille pour arracher l'enfant à son monde angoissant. 0n me dira, les
frères et surs me disent toute la force lumineuse des instants de bonheur partagé
lorsque ensemble nous avons constaté tel progrès, vécu ce qui était parfois un exploit
rendu possible par les frères et surs ces petits éducateurs de cinq ou six ans.
Mais personne ne dit la blessure toujours ouverte d'être partout à l'école, dans les
groupes de Jeunes, le frère d'un autiste, différent à cause d'un différent. N'y
aurait-il aucune issue à ce cercle vicieux dans lequel nous nous sentions enfermés, dans
lequel la vie de couple se brisait ?
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Pour survivre, nous nous faisions collectionneurs patients de l'espoir "au millimètre; un sourire, un regard furtif, un petit moment de répit partagé, assis au soleil après une course folle dans la forêt, tout devenait prétexte à faire triompher la vie malgré les incertitudes et la solitude.
Nous avons alors décidé de nous unir pour bâtir ensemble un
lieu où la vie serait possible pour nos enfants, un lieu chargé de tous nos rêves,
comme les petits enfants savent si bien le faire dans leurs jeux avec des cailloux, quand
ils disent, au jardin d'enfants: "Je serais la marchande et tu viendrais acheter des
petits pois". Nous Jouions à "on dirait que tu serais guéri ". . .
Heureusement, ce premier projet a échoué, nous obligeant à mieux réfléchir même si nous gardons toujours en nous le désir de voir notre enfant "guérir". ce désir nous aide, dans la réalité quotidienne à construire la difficile réponse aux besoins de notre enfant, de l'adolescent, de l'adulte qu'il est devenu, ou plus exactement, à construire le cadre dans lequel il pourra lui même se sentir autorisé à désirer vivre.
Nous avons décidé de nous unir car nous étions conscients que nous ne pourrions ni
trouver, ni financer seuls ce cadre de vie, qui serait nécessairement Institutionnel, si
nous voulions qu'il donne des garanties de continuité. Pour cela il fallait définir les
besoins.
On ne disposait, à l'époque, d'aucune estimation du nombre d'enfants psychotiques ou
autistiques en France, et encore moins par région. Pourtant on parlait déjà beaucoup de
l'autisme et des études très sérieuses avaient été publiées depuis plusieurs
décennies. Or, les théories sur les causes de ce mal différaient presque autant que les
thérapies préconisées. Les diagnostics étaient posés assez tardivement et avec
hésitation. Les médecins avaient si peu de prises en charge concrètes à proposer
qu'ils n'osaient sans doute même pas parler d'autisme.
Les parents en quête d 'informations et d 'aide étaient bien perplexes souvent, mis dans la situation inconfortable d'arbitres des affrontements théoriques dont ils se seraient bien passés. Pourquoi cette diablesse de psychose mettait-elle ainsi tout le monde en question, embrouillant causes et effets, souffrance et culpabilité, alibis et bonne volonté au point d'en faire oublier... l'enfant ? Lui royalement indifférent, semblait attendre que cesse ce remous de paroles pour dire son silence et briser l'angoisse d'un sourire avec au fond des yeux cette interrogation dont on ne sait si elle porte sur le passé ou sur l'avenir: et alors ?
Nous étions là. sans réponse, sans même de présent à offrir, convaincus que l'on
pouvait faire "quelque chose" pour ces enfants persuadés qu'une vie humaine
devait leur être rendue accessible, prêts à tenter l'impossible et parfois pleins
d'espoir. Je dis "parfois" à cause des moments de désespoir, de trop grande
fatigue ; les nuits sans sommeil, les fugues, les objets cassés. Fatigue au quotidien et
au futur car la certitude s'imposait lentement à nous : notre entant garderait longtemps,
très longtemps le lourd handicap consécutif à sa mystérieuse maladie durant la toute
petite enfance. Nos forces bientôt ne suffiraient plus et nous étions bien obligés de
reconnaître que les frères et surs n'en pouvaient plus de cette vie trop dure à
la maison, même s'ils n'en disaient jamais rien.
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La plupart des enfants que nous connaissions alors avaient autour de dix ans. Ils bénéficiaient de prise en charge partielle dans des hôpitaux de jour ou en IMP, quatre jours par semaine. Nous n'étions que trop contents lorsqu'on les y tolérait, nous laissant ainsi quelques heures pour prendre du recul. Pour certains, il n'y avait de place nulle part, ce qui accentuait cette impression pénible d'être pris dans un cercle vicieux et risquait d'entraîner à sa perte l'enfant et toute sa famille.
Il fallait "en" sortir. Nous
avons alors pris notre bâton de pèlerin pour aller voir dans les autres pays d'Europe
quelles propositions étaient faites à ces enfants. Nous n'avons rien trouvé de
satisfaisant et vite réalisé combien les bonnes volontés mobilisées partout étaient
insuffisantes face à la complexité des psychoses et de l'autisme en particulier. La
leçon était claire : on ne pouvait pas faire simplement un lieu où l'enfant serait
toléré dans sa différence. Il fallait aller plus loin, accepter la complexité et le
poids institutionnel, créer une équipe avec un programme de prise en charge.
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On nous avait souvent dit que les parents ne savaient pas, ne pouvaient pas venir en
aide à leur enfant. Nous n'en étions que trop convaincus par la pratique quotidienne. De
surcroît, nous venions de découvrir que les éducateurs, ici et ailleurs, ne le savaient
pas davantage, ou bien qu'ils se réfugiaient, pour se sécuriser, derrière un triste
rempart de techniques à court terme.
Avec l'énergie du désespoir, nous avons décidé qu'il fallait aller de l'avant, chercher encore, autrement, allant jusqu'au bout et même au-delà du bout des forces que nous pourrions mobiliser.
C'est à ce moment-là que M.Soleihet, actuel directeur de nos structures, s'est déclaré
prêt à nous accompagner dans cette quête nouvelle. Il a réuni d'autres professionnels
pour bâtir, avec nous, le cadre associatif dans lequel un projet thérapeutique pourrait
se développer. Nous avons fait alliance, les uns porteurs d'une douloureuse nécessité
et d'une espérance folle, les autres d'expérience, de l'intuition d'un projet de prise
en charge utile à nos enfants. nous avons décidé de travailler ensemble sur la base de
cette confiance réciproque et c'est ainsi que notre association est née. Nous lui
avons donné le nom de la propriété du XVIIIème siècle : "La Bourguette",
située au pied du Lubéron, à La Tour d'Aigues où se trouve actuellement la maison
principale de notre IME. C'est un nom de lieu, espace-temps dont les enfants pourraient se
saisir pour marquer un départ dans leur propre histoire. Première étape dans la
notre, cette propriété nous a été prêtée pour soixante ans, marquant le début d 'un
cheminement que l 'on pourrait raconter comme un conte de fées, car les fées
interviennent toujours selon un plan précis (... et il y a eu beaucoup de bonnes fées
autour du berceau de l'association !).
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Ainsi donc... il était une fois... une poignées de parents, quelques professionnels et un groupe d 'amis (nous tenons essentiellement à cette composition tripartite du conseil d'administration) réunis autour d'une table sur laquelle traînaient les photos d 'une propriété paisible et des plans. C'était en mars 1973 ; première étape de notre travail : structurer le lieu ainsi mis à notre disposition pour qu'il offre le maximum de possibilités aux enfants. Le domaine de La Bourguette correspondait à ce qui paraissait souhaitable, propriété isolée, mais à deux kilomètres du village accueillant où nous avons pu disposer d'une autre maison pour un groupe d'enfants et, à quinze kilomètres de là, un autre groupe d' enfants était également logé. |
Le projet de M. SOLEILHET comportait en effet deux points essentiels :
- entrer dans la vie des villages et bénéficier des lois structurantes
du voisinage,
- permettre à chaque enfant de faire lentement, à son rythme, son
chemin vers la réalité qui l'entoure et, pour cela, connaître la terre, l'eau, la
végétation et le mouvement naturel du temps afin d'oser un jour s'y inscrire pour
exister.
La ferme de La Bourguette rendait tout cela possible. Tout notre travail se résumera
toujours en ces deux mots: rendre possible.
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Encore fallait-il le vouloir et nous n'étions pas très sûrs de vouloir le projet tel qu'il se développait. M. SOLEILHET a dû nous expliquer patiemment qu'un projet de prise en charge d'enfants qui souffrent de psychose grave, voire de psychose autistique, ne peut avoir de sens que dans une durée significative pour eux et avec la garantie d'absolue continuité, sans laquelle leur univers demeurerait chaotique.
Nous avions bien compris ; cela signifiait que le demi-internat que nous avions
expérimenté ailleurs n'était pas la bonne solution, que nous devrions renoncer à ces
retours du soir auxquels nous nous étions doucement habitués pour laisser notre enfant
partir vers une vie à son rythme.
Nos oreilles souffraient et nous avons eu bien du mal à entendre cela pour tous les enfants, y compris le nôtre. Mais nous savions aussi que le projet ne serait cohérent qu'à ce prix. A chacun de nous de se débrouiller avec les raisonnements de son esprit, et ce qui, entre le cur et l'estomac, avait tendance à se nouer si douloureusement.
Ce n'était déjà pas simple de créer un établissement et voilà qu'en plus , il
fallait le créer à contre-cur, au sens le plus strict du terme. Je veux dire à
l'encontre des pièges du cur, où aimer correspond toujours à un certain pouvoir,
piège d'autant plus grand que nous avions tellement pris l'habitude de parler à la place
de notre enfant, de "le" dire.
Le projet consistait à créer un internat où les retours en famille seraient régis par un contrat temporaire clair, reconductible et modifiable entre l'enfant, sa famille et l'institution.
Maintenant nous savons combien est juste cette intuition, qui nous avait été doucement imposée comme une nécessité, et il nous est facile d'en parler.
En 1973, il nous était demandé de créer des structures où ce projet serait possible
, donc un internat constitué de plusieurs groupes, dans des locaux de dimensions
réduites, des maisons comme tout le monde. Rien à voir avec le style
d'établissements que l'on construisait à ce moment-là et qui ressemblaient à des
internats scolaires rationnels et confortables. Notre organisation était plutôt
irrationnelle et peu pratique. Mais c'était là les bases nécessaires pour que d'autres
puissent y exercer l'acte d'habiter, s'y installer à leur manière, marquer leur
territoire. Il fallait bien entendu faire d'importants travaux d'infrastructure dans la
propriété de La Bourguette. C'est alors qu'à commencé une extraordinaire aventure
humaine faite de rencontres, de compréhension, de mobilisation pour notre projet.
Nous ne pouvions pas compter sur un financement de L'Etat pour cette création. L'ouverture d'un I.M.E. pour enfants psychotiques et autistiques n'était alors qu'une tolérance, pas une promotion ni un travail expérimental
Nous nous sommes tournés vers les caisses de retraite des
cadres et avons rencontré les responsables des services sociaux de ces organismes. Cela a
donné lieu à des échanges, des visites: moments inoubliables de partage de notre projet
que nous étions ainsi sans cesse amenés à repréciser. Les sommes nécessaires ont
été rapidement réunies.
Dans cette aventure. je pense aussi à la directrice de la D.D.A.S.S., Mademoiselle
Bernard, qui a accepté ce dossier bancal d'un I.M.E. "éclaté" en trois
lieux géographiques différents, avec un fonctionnement continu pendant toute l'année et
des groupes restreints vivant dans des villages, chacun ayant sa gestion autonome, et pour
assurer la coordination administrative de l'ensemble, une aide-comptable installée dans
la cuisine du directeur, car nous n'avions plus d'argent pour équiper un bureau. Autant
de choses simples, logiques, issues de la réalité, mais qui n'avaient pas tellement
cours dans l'univers institutionnel et administratif en 1973.
Je pense encore à la directrice adjointe de la D.D.A.S.S., Mademoiselle Brun qui m'a patiemment appris à présenter un dossier, à faire un budget prévisionnel et tant d'autres choses que la faculté de lettres avait omis de m'enseigner.
Je revois le médecin-inspecteur, cherchant vainement à faire
correspondre les étroites maisons de village "avec les normes de l'annexe N°? pour
un I.M.E".
Etrange aventure où tout était signe, jusqu'aux adresses des maisons de village : rue de
la Brèche à la Tour d'Aigues, rue de la Place à Cucuron.
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Finalement, même les plus sceptiques ont dû se rendre à l'évidence, en 1974 l'I.M.E ouvrait à pleine capacité : 32 enfants ; ferme, menuiserie, four à pain, tout était prêt. M. SOLEILHET avait constitué son équipe d'éducateur. Grâce au soutien du Docteur PONZETTO , médecin - chef du secteur de pédopsychiatrie et de la D.D.A.S.S., nous avions l'agrément suivant:
- effectif : 32
- catégorie : psychotiques et autistes
- âge 3 à 20 ans
- ouverture continue
- personnel de direction : 1 directeur
: 1chef de service éducatif
- personnel médical : 1 médecin-psychiatre à mi-temps
- personnel para - médical :1 psychologue
1infirmière
- personnel éducatif : 24 éducateurs, moniteurs-éducateurs stagiaires
- personnel des services généraux : 1 cuisinier 1 ouvrier entretien 2 femmes de ménage
2 lingères
1 secrétaire 1 adjointe d'économat
Ce personnel doit assurer la maintenance de l'infrastructure, l'administration,
l'encadrement des quatre groupes d'habitat (le soir, les nuits, le samedi-dimanche), les
classes, la formation professionnelle, les soins individuels, etc......
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Nous étions en 1974, époque où les créations étaient encore possibles et où, sur la base d 'un projet cohérent, il n'était pas impensable d'obtenir le prix de journée nécessaire à un fonctionnement correct. Néanmoins, chaque ligne de notre agrément est le résultat de nombreuses démarches et de persuasion insistante. Ce n'était pourtant pas un projet cher, comparé aux hôpitaux de jour. Malheureusement, les organismes payeurs ont la fâcheuse habitude de comparer les prix en valeur absolue en oubliant de comparer les services réellement rendus; rien d'étonnant alors à ce qu'ils s'inquiètent lorsqu'un internat continu coûte plus cher qu'un demi-internat qui, pourtant, comme son nom l'indique...
Mais laissons là les polémiques. Il est vrai que notre I.M.E.
avait quelques particularités inquiétantes, comme par exemple: trois adresses, sans
compter celle de l'association gestionnaire ! De plus, nous ne pouvions pas baser les
critères d'admission sur des tests, nous ne pouvions prévoir aucune durée de séjour et
encore moins faire des pronostics. Tout cela était fort déroutant pour l'administration.
Tout au long de l'année 1974, le fonctionnement de l'I.M.E. s'est mis en place permettant très vite de vérifier que la structure dite «éclatée» générait une dynamique favorable à la lutte contre la psychose.
Nous en avons ainsi mesuré toutes les difficultés dans la vie
quotidienne, la direction et la gestion (quatre budgets d'alimentation, etc....).
Très vite, nous avons su que l'option rurale était bonne puisque l'enfant pouvait
prendre contact réellement avec les choses de la vie et, même s'il ne les approchait pas
encore, il les voyait et assistait à leur transformation. Ses difficultés ne
s'étaient pas évanouies comme par enchantement, au contraire, elles apparaissaient
d'autant plus criantes qu'il semblait aller mieux. Mais nous avions l'impression que le
message confié aux lieux avait été transmis aux uns et aux autres: la vie était
possible.
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L 'histoire de la création de l'I.M.E. peut ainsi se raconter comme un conte merveilleux, comme une série de rencontres qui ont permis de créer une chose finalement toute simple. Mais ce n'était pas si simple et je veux parler ici d'une des constantes qui ont forgé toute l'histoire de notre association. La tâche est si grande, les demandes d'admission si nombreuses que nous sommes sans cesse guettés par le découragement. C'est ce qui nous contraint à constituer une équipe soudée et à chercher toujours de l'aide à l'extérieur. En ce sens aussi, on peut parler d'aventure humaine, car au rythme des rencontres nous avons pu franchir des obstacles qui nous auraient bloqués si nous avions été seuls.
Ainsi, par exemple, en 1975, nous étions tous essoufflés de
l'effort fourni et déjà le Docteur MONOD, médecin-psychiatre à l'I.M.E., M. SOLEILHET
et les éducateurs se posaient la question du devenir des adolescents, des
presque-adultes, ces jeunes de 18 ou 20 ans pour lesquels ce que nous proposions à La
Bourguette devenait insuffisant. Un nouveau projet devait naître. C 'est alors qu'un
ami de notre association a parlé de notre travail au jury du prix SCHWEITZER, qui a
décidé de nous décerner sa médaille pour l'année 1975. Au cours d'une belle fête
à Vaison-la-Romaine, ce prix nous a été remis par Monsieur LENOIR, Secrétaire
d'état aux Affaires Sociales, en présence de représentants de nombreux pays et de Madame
Rena SCHWEITZER, dont le dynamisme est si contagieux. Nous avons pu parler de notre
expérience, encore timide, et de la suite dont nous ne pouvions plus nous cacher la
nécessité: il faudrait créer des structures pour les adultes.
Cependant, malgré les encouragements des uns et des autres, nous avions envie de repousser ce projet, sous prétexte que cela avait déjà été difficile de créer un premier établissement. Secrètement, nous, les parents membres du conseil d'administration, n'avions pas tellement envie de voir nos enfants grandir; il nous fallait renoncer à cet espoir simpliste que «cela» s'arrangerait en grandissant, accepter la dure réalité: ils avaient grandi et, malgré des changements importants, leurs difficultés persistaient.
Heureusement pour nous tous, le conseil d'administration est
composé aussi de professionnels et amis. Ils ont su prendre la relève et nous
entraîner avec eux vers cette nouvelle étape, indispensable. L'expérience de l''I.M.E.
aurait pourtant dû nous éclairer, mais nous n'avions plus envie de voir. A quoi bon,
dans ces conditions, créer un C.A.T. si on n'accorde pas de crédit à ceux qui devront
un jour y prendre leur place de travailleur, de salarié ? La loi de 1975 parle dans une
bonne formule «d'aptitude potentielle à travailler».
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A quoi bon tout cela si nous n'étions pas capables d'y croire, de dire honnêtement à nos enfants «ta place de travailleur est là; c'est possible, tu peux essayer; je me réjouirais de chacune de tes réussites; je te vois comme quelqu'un qui peut». En effet, le moindre doute est une faille dans laquelle la psychose s'engouffre pour finalement empêcher la mise au travail, empêcher la manifestation de la vie.
Nous avions également appris que tout est signe pour ces personnes
encore plus que pour chacun de nous. Créer une structure de travail impliquait des
salaires et donc un changement radical de nos mentalités. L'éducation ne pouvait plus
être l'objectif premier; il fallait apprendre à penser en termes de rentabilité
économique, même si c'était en réalité un but presque impassible à atteindre en
agriculture de par les conditions dans lesquelles nous serions amenés à travailler. Sans
rentabilité, pas de salaires; sans salaires, pas de mise au travail possible.
Ces décisions de création d'une exploitation agricole furent difficiles à prendre, d'autant plus que le contexte économique général s'était déjà bien dégradé et que nous ne pouvions plus espérer les mêmes aides à la création qu'à I 'I.M.E. Il est en outre fort difficile de mobiliser de I 'espoir pour des personnes adultes. Combien de fois ne m 'a-t-on dit «mais n'est-ce pas trop tard ?» et la résonance cruelle de ces mots a provoqué notre sursaut d'énergie.
Finalement, nous avons cherché un nouveau lieu
et trouvé le domaine du Grand Réal, à La Bastidonne. «Réal» veut dire ruisseau en
provençal, m'a-t-on expliqué; c'était donc une terre bénie, puisqu'il y avait de l'eau.

(C.A.T: Centre d'Aide par le Travail. Etablissement de
travail protégé pour personnes handicapés).
En 1976, nous nous endettons au-delà du raisonnable pour acheter ce domaine que nous payerons à crédit, avec des échéances bien angoissantes. A nouveau, il a fallu mobiliser nos amis des Caisses de cadres et des Mutuelles et, les uns persuadant les autres, les emprunts nécessaires ont pu être réalisés. Restera à tout rembourser... ou presque.
Pendant ce temps, M. SOLEILHET actualisait son projet, déterminait la
dynamique de travail du C.A.T., la politique des salaires pour les travailleurs
handicapés et prévoyait le nécessaire rebondissement de cette vie de travail sur les
activité des foyers. Nous savions que, comme à l'I.M.E., il devrait y avoir plusieurs
lieux d'habitation pour qu'une circulation vivante puisse s'instaurer dans ce réseau.
Nous savions aussi qu'il fallait faire une vraie proposition de travail, un contrat, bien
que cela puisse paraître complètement utopique pour ces adultes qui souffrent d'autisme
depuis leur petite enfance. Et pourtant... la réalité dépassera plus tard toutes nos
espérances.
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En 1977, nous ouvrons le C.A.T. et les Foyers au mois de juin, moment fort mal choisi en agriculture, mais il fallait bien commencer un jour, non ? |
En 1978, la nouvelle loi a prévu dans son article 1 qu'un Conseil National Consultatif
regroupant les associations représentatives de divers handicaps participerait à la
rédaction des décrets d'application de la loi. Nous représentons les psychotiques dans
cette Commission au Ministère des Affaires Sociales, pendant plusieurs années, au cours
desquelles nous avons pu dire et redire que, d'expérience, nous constations que les
adultes psychotiques pouvaient être à leur place dans un C.A.T. à condition, bien
entendu, qu'on leur fasse une place et pas n'importe laquelle.
Nous avons pu montrer combien cette notion «d'aptitude potentielle à travailler», prévue dans les textes, devait être prise au sérieux et non limitée dans le temps. La date d'éveil des potentialités d'une personne qui souffre d'un handicap mental n'a aucun rapport avec sa date de naissance, ni avec la date d'entrée au C.A.T., ni même parfois avec la durée de la période d'essai.
Nous avons pu dire que,
pour ces personnes, il est essentiel d'avoir tous les droits qu'ont les travailleurs dans
n'importe quelle entreprise: un salaire correct, l'accès à la formation, la protection
sociale, la prévoyance et la retraite comme tout le monde. Ces droits conditionnent le
droit à exister.
La législation a sans doute encore bien des progrès à faire pour que soit vraiment garantie l'égalité de tous les citoyens malgré les inégalités de départ dans la vie.
C'est ainsi qu'a débuté un nouvel aspect de l'engagement de notre
association pour faire connaître et reconnaître les aptitudes cachées des personnes
psychotiques ou autistiques au-delà de la sévérité du handicap laissé par la maladie.
Le refrain de nos discours était invariable: c'est possible pour eux aussi. Peut-être
étions-nous d'autant plus convaincants que nous en avions d'abord douté nous-mêmes.
Nous pouvons témoigner après quelques années de fonctionnement du C.A.T. de l'exactitude des intuitions de départ. La loi du travail, la loi du respect de la parole d'homme sont une logique imparable à laquelle même les plus autistiques de nos pensionnaires ont pu adhérer peu à peu lorsqu'elle leur a été manifesté avec suffisamment de clarté et de vérité.
EN 1980, l'effectif du C.A.T. et des Foyers passe à 23 adultes, tandis qu'à l'I.M.E.
(toujours avec les 32 enfants), le projet se structure avec les classes, les activités
autour des chevaux et la formation professionnelle en alternance avec les artisans.
La rentabilité économique de notre C.A.T. était alors faible, très faible, ce qui s'explique bien car nous avions choisi l'agriculture en raison de la variété des travaux que cela permettait de proposer aux adultes, mais ce secteur connaissait de graves difficultés même pour des agriculteurs chevronnés. Nous ne l'étions pas. Nous avions misé sur le mouton au moment de la chute des cours, sur le fourrage au moment des années de sécheresse, etc. . . et, comme un malheur n'arrive jamais seul, la D.A.S.S. contesta notre budget de foyers, nous obligeant à intenter un recours auprès du Conseil Supérieur de l'Aide Sociale dont nous sommes depuis lors sans nouvelles.
C'était la faillite, et pourtant nous étions condamnés à réussir car la fermeture du
«Grand Réal» était tout simplement impensable. Nous n'y avons d'ailleurs jamais pensé
!
C'est à ce moment que d'autres rencontres ont abouti à la Communauté Economique
Européenne, à la prise en compte d'un nouvel aspect de notre projet: l'ouverture d'une
auberge à la ferme.
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| Encore un pari difficile. Faire venir des clients, créer pour eux un lieu accueillant où des échanges culturels seraient possibles et tout cela avec des adultes gravement perturbés pour assurer la préparation des plats, le service et le lourd travail de rangement, avec des horaires plus ou moins prévisibles selon le nombre de clients et leur envie de prolonger la soirée. |
Le principe économique était séduisant puisqu'il permettait
une commercialisation directe des produits de la ferme, ce qui a d'ailleurs rapidement
été une garantie de qualité et donc de clientèle. La C.E.E. a vu dans cette
tentative d'insertion dans la vie locale une opération pilote, ce qui nous a valu une
petite subvention, de nombreux visiteurs et, par ricochet, de nouvelles aides, notamment
celle du Rotary-Club d'Aix-en-Provence dont un membre s'occupe actuellement plus
particulièrement de l'auberge.
1981 était donc marqué par l'ouverture de l'auberge, mais seulement un soir par semaine, puis deux. Très vite des groupes sont venus dans le courant de la semaine et le passage à la restauration quasi-professionnelle s'est fait peu à peu ; il fallait suivre l'évolution de la clientèle, prendre lentement mais sûrement notre place dans le réseau local de restaurants et, surtout, suivre le rythme des possibilités des travailleurs handicapés. Une salle trop pleine, le service en terrasse en même temps qu'à l'intérieur, la présence de nombreux enfants, le dimanche par exemple, sont autant de difficultés nouvelles qui peuvent entraîner un blocage, provoquer l'angoisse dont il faudra penser à parler au cours de la réunion de la semaine. Pour toutes ces raisons, un temps de maturation était nécessaire et nous ne sommes arrivés que peu à peu à un fonctionnement régulier. Mais que de belles heures, et quelle joie de voir une enfant timide et bloquée devenir une serveuse souriante, capable de dominer ses difficultés pour accepter, avec une lueur de malice, les plaisanteries gentilles des clients.
Cela ne veut pas dire que tous les troubles relationnels aient
disparu, loin de là ! on les retrouve d'autant plus sévères pendant les heures de vie
personnelle au foyer qu'il aura fallu faire des efforts au travail; c'est pourquoi le
manque de personnel au foyer pèsera de plus en plus.
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De 1981 à 1987, l'auberge a pris sa vitesse de croisière; les éducateurs ont perfectionné les vieilles recettes provençales qui font notre succès; les serveurs ont acquis du métier et les clients ont pris des habitudes: mariages, fêtes de famille, réunions amicales se font chez nous, jusqu'aux touristes qui reviennent tous les ans. |
> Pendant ce temps, l'exploitation agricole s'est organisée autour de la vigne,
l'élevage de chèvres avec sa fromagerie et les travaux des champs en vue de la production de grain et de fourrage. Le poulailler est important car il fournit l'auberge en volailles diverses et en ufs.
Les travailleurs handicapés vivent en foyers, par groupes de six à huit personnes, dans des lieux suffisamment distants les uns des autres pour garantir l'autonomie de chaque groupe et le plaisir d'activités communes. Deux maisons ont été acquises au village de La Tour d'Aigues dont l'une a été aménagée en studios.
Ces maisons anciennes ne sont pas parfaites mais elles sont vivantes et permettent à
leurs habitants de participer, chacun à sa manière, à la vie du village: courses, petit
café au bar du château, collage d'affiches pour la mairie et d'autres choses encore.
Cette vie personnelle est encadrée par des éducateurs et le même principe de réunion
de parole est mis en uvre pour chaque groupe, sous le contrôle du
médecin-psychiatre, le docteur PAILLET, garant du projet du «Grand Réal».
Pour notre association, ces foyers représentent aussi de nouveaux investissements et de perpétuels travaux, comme il y en a dans toutes les maisons anciennes.
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Mais la vie des foyers, c'est encore l'organisation des temps de vacances des adultes qui ne doivent pas nécessairement retourner dans leur famille, lorsqu'ils en ont une. Les habituelles fermetures de Foyers entraînant un retour, pour ne pas dire, un renvoi dans la famille, nous ont toujours paru contestables. La rencontre entre un adulte et sa famille doit résulter d'un désir et d'une possibilité réelle de se retrouver pour des durées variables en fonction de facteurs personnels, dont le handicap. C'est une dynamique qui n'a rien à voir avec une fermeture d'établissement. Comment d'ailleurs dire à quelqu'un en toute logique (et on sait combien la logique est importante pour les psychotiques) que le «Grand Réal» est sa maison si c'est pour ensuite l'en exclure pendant quatre à cinq semaines, sous prétexte de raisons administratives ou budgétaires qui lui échappent totalement ?

Il fallait donc garantir une ouverture constante de 365 jours par an
malgré les baisses de prix de journée et donner en même temps aux pensionnaires, qui
sont par ailleurs des travailleurs ayant droit à leurs congés, les vacances qui leur
conviennent, c'est-à-dire un changement de vie, de lieu. Pour certains, la chose était
relativement possible grâce aux séjours organisés par les Eclaireurs, malgré un prix
très élevé. Pour d'autres, de tels loisirs n'étaient pas pensables. Où aller ? avec
quel encadrement ? qui paie ? Pour tenter de répondre à ces questions, nous avons
suscité la création d'une Association de Loisirs avec laquelle nous sous-traitons
l'organisation des loisirs. En 1984, une convention avec des stagiaires de l'Université
de Francfort permet un encadrement dynamique des différents projets de l'été. Depuis,
cette association a organisé des séjours d'hiver, voyage en Espagne et envisage à
présent l'animation de certaines activités de week-end.
Nous venons d'évoquer longuement les soucis de création, de financement et de gestion. Mais ce n'étaient pas les seuls. Nous avons vite dû admettre que le Grand Réal n'était qu'une réalisation microscopique face aux besoins, ne serait ce qu'aux besoins des adolescents de notre propre I.M.E.
Nous avons tourné la question dans tous les sens et décidé finalement de créer une petite entreprise dont la vocation principale serait l'embauche de travailleurs issus du C.A.T. ou de l'I.M.E. et capables d'assurer un poste de travail avec les horaires et les contraintes du milieu ordinaire. C'était le meilleur moyen, le seul, pour libérer quelques places en C.A.T., le seul aussi pour donner une issue à certains.
Sur les conseils d'un de nos fournisseurs, nous avons créé une entreprise de
commercialisation de bois de chauffage et pu bénéficier de la réglementation des
emplois d'initiative locale pour obtenir l'aide à la création de quatre postes de
travail: un chef d'exploitation et trois ouvriers. Cette entreprise s'est créée sous la
forme d'une E.U.R.L. dite «Réal-Bois».
L'E.U.R.L. (Entreprise Unipersonnelle à Responsabilité Limitée) est une forme de S.A.R.L. avec un actionnaire unique qui peut être une personne morale. Ces dispositions législatives relativement récentes faisaient notre affaire puisqu'elles permettaient à l'Association de créer une entreprise. Nous avions auparavant évoqué d'autres formules, une société entre parents, entre administrateurs ou une coopérative avec tous les inconvénients d'une telle structure pour des majeurs protégés qui ne peuvent pas être coopérateurs.
L'E.U.R.L. simplifiait tout et l'Association investissait une partie limitée de son
capital (fort petit d'ailleurs) dans la création de l'entreprise qui devient de ce fait
autonome. Dans la dénomination même de «Réal-Bois», il n'est fait mention ni
d'association ni de handicap, ce qui facilite bien l'intégration dans le tissu
économique local.
La création n'a pas été simple. Il a fallu trouver un chef d'atelier qui accepte les conditions de travail, les horaires liés au commerce et qui comprenne bien les ouvriers qui gardaient néanmoins toutes leurs difficultés. La garantie d'emploi était précaire puisque c'était une tentative de création d'entreprise avec tous les risques que cela comporte. Un éducateur de l'I.M.E. s'est laissé tenter par cette aventure. Les ouvriers ont également mesuré le risque: quitter le C.A.T., le cocon rassurant, leur a posé bien des problèmes. Il y a eu une longue période d'hésitation avec rapprochement des crises d'épilepsie et régression. M. SOLEILHET nous ayant recommandé la patience, il a fallu retarder l'aventure de quelques mois.
Finalement, grâce à l'aide de la Direction Départementale du Travail, nous avons commencé en hiver 1985. Il y avait cent tonnes de bois à débiter et à livrer, une vieille fendeuse, une scie équipée de toutes les sécurités, un hangar ouvert sur un côté (et dont le toit est presque étanche), un petit camion et beaucoup d'énergie. La «saison» pouvait commencer. Le 1er décembre 1985, après un mois d'essai, deux travailleurs quittent le C.A.T. et signent leur contrat de travail à «Réal-Bois». Emotion pour tous. Un troisième ouvrier sera embauché en avril 1986. L'hiver suivant, les ventes augmentent rapidement. De nouveaux marchés se précisent et l'entreprise donne du travail en sous-traitance au C.A.T. Cette sorte de pont permet à certains de travailler quelques mois à «Réal-Bois», tout en gardant la sécurité du statut de travailleur au C.A.T., et l'expérience peut se renouveler autant de fois que nécessaire jusqu'au jour où la décision de quitter le C.A.T. pourra être prise. L'évolution des marchés (nous prévoyons de commercialiser huit cent tonnes de bois en 1987-88) devrait permettre encore une ou deux embauches dans les années qui viennent. Par ailleurs, un des ouvriers a pu bénéficier d'une formation de bûcheron - débardeur organisée au Centre d'Apprentissage des Métiers de la Forêt, avec CAP.
Ainsi, dès 1973, dans un bel élan du rédacteur de nos statuts, nous avions inscrit la recherche sur l'autisme dans les buts de l'Association. Il fallait d'abord exister pour pouvoir mener une recherche, avoir le sentiment d'une certaine densité d'existence. C'est la garantie nécessaire à toute recherche réelle qui ne soit pas un simple catalogue de prémices ou de conclusion souhaitables. Nous en sommes aux préalables de cette recherche, c'est-à-dire un programme de formation du personnel centré sur les apprentissages pédagogiques et les difficultés particulières des enfants autistiques en la matière. Cette recherche nous tient particulièrement à cur car, au fur et à mesure
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que nous parvenons à éliminer certains obstacles sur la route des enfants, au fur et à mesure que les adultes paraissent prendre goût à l'existence, la psychose apparaît plus cruelle encore, plus résistante, pesant de tout son poids sur une évolution pourtant bien amorcée. Je parlais de conte de fée. Il ne faut jamais oublier la sorcière et ses mille déguisements, sa ruse et ses maléfices. |
Face à l'adversité de la maladie, les enfants nous ont appris que nous ne pourrions opposer qu'une manière d'être rigoureuse et rigoureusement vraie. Toutes les réunions de parole, et par ricochet les réunions de l'Association, sont des réunions de partage le plus vrai possible.
Les personnes qui souffrent de psychose ou d'autisme ne peuvent nous
faire confiance que si elles nous sentent vrais, fiables, précisément. Un des aspects de
la vérité, de l'honnêteté, consiste à ne pas céder à la tentation de
simplification: opposer des certitudes et des remèdes illusoires à l'angoisse qui gagne
tout le monde n'est jamais constructif. C'est pourtant une des grandes tentations de toute
institution humaine qui risque de périr alors sous les pressions conjuguées du pouvoir
et de l'auto-satisfaction. Ne pas simplifier implique que nous affinions sans cesse notre
savoir-faire, c'est pourquoi un partage des connaissances techniques et scientifiques est
devenu indispensable.
Nous savons que cela demande un effort considérable à chacun; c'est la condition de toute recherche. L'Association a pu trouver le financement nécessaire, mais oserons-nous le questionnement au-delà de nos certitudes ? Accepterons-nous les contraintes de l'écriture et du partage ?
La Société BINET-SIMON nous a proposé ce premier travail de
rédaction, et nous l'en remercions. C'est un essai, comme pour nous donner de l'élan;
c'est l'aide et l'encouragement dont nous avions besoin pour commencer cette nouvelle
partie de notre travail, une nouvelle rencontre-étape, comme d'autres l'ont été,
déterminante, pour que puisse continuer l'aventure La Bourguette, nous faisant entrevoir
le mystère des êtres humains, leurs ressources insoupçonnées et toute la pédagogie
nécessaire pour devenir ensemble plus humains.
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Le projet de latelier foyer de Valbonne sadresse à des adultes, hommes et femmes, qui souffrent de graves séquelles dautisme infantile ou de psychose, parfois avec des troubles associés. Pour ces personnes, le travail en CAT nest pas envisageable dans limmédiat ; une prise en charge très lourde en milieu hospitalier nest cependant pas nécessaire.
Lassociation propose un contrat individuel daccompagnement qui lie lintéressé et sa famille au foyer ; le souci dominant sera dinscrire ces personnes dont lhumanité est en souffrance dans le réel, avec une prise de responsabilité progressive selon les possibilités de chacun.
DES ACTIVITES MULTIPLES ET VARIEES :
Les propositions dactivité doivent être significatives pour eux, productives, valorisantes ; elles sont reliées au CAT du Grand Réal, notamment pour les travaux agricoles (plantation dherbes aromatiques et de fruits rouges, potager, jardin, basse-cour ) ; les adultes confectionnent des confitures et produisent du vinaigre de framboise. A ces tâches viennent sajouter la préparation des repas de midi, lentretien de la maison, la participation aux travaux de lingerie.
Des ateliers dimprimerie, de réparation de cycles et une table dhôte se mettent peu à peu en place.
LES MOYENS :
Afin dassurer à ces personnes une bonne qualité de vie, lhabitat est organisé sous forme de groupes qui ne dépassent pas huit ou neuf personnes. Un réseau de maisons distantes de quelques kilomètres les unes des autres gravitent autour du centre dactivités de Valbonne. Ces demeures se situent à Cabasse, Flassans et Gonfaron.
Une association de loisirs gère les activités des dimanches, les sorties et les vacances.
Le personnel a besoin dêtre soutenu par des réunions institutionnelles
hebdomadaires et par des actions de formation continue ; une association, l
APAR, a été créée à cet effet.
Il s'agit d'adultes, hommes et femmes, ayant des graves séquelles d'autisme infantile ou de psychose certains avec des troubles associés et pour lesquels, en raison de la gravité de ces séquelles, le travail en CAT ou ailleurs n'est pas envisageable dans l'immédiat, sans pour autant que ces personnes ne nécessitent d'une prise en charge très lourde en MAS ou de soins constants en hôpital La proposition d'activité devra être à la fois significative pour eux, productive afin qu'ils se sentent valorisés, et reliée à d'autres centres d'activité.
C'est pourquoi les activités seront reliées au CAT le
Grand Réal tant pour les travaux agricoles que pour les travaux de l'imprimerie.
Pour beaucoup de ces personnes, la prise en charge au Foyer fera suite à des années de prise en charge dans divers services pour enfants. Il faudra tenir compte de la disparité du passé éducatif et thérapeutique de chacun et de chacune et bâtir le projet de leur évolution dans la vie d'adulte en conséquence
Quelques constats:
Les évolutions sont toujours possibles, mais très différentes en nature et en degré selon les personnes. En 23 ans de pratique, nous savons qu'il ne faut pas exclure non plus les échecs.
Le projet de l'Association la Bourguette est le même, dans ses grandes lignes, depuis 23
ans. Il consiste en un contrat individuel d'accompagnement qui liera l'intéresse et sa
famille au Foyer pour un projet devant tenir compte, entre autres, de toutes les
démarches éducatives entreprises antérieurement. La vie au Foyer sera dominée par le
souci d inscrire ces personnes dont l'humanité est en souffrance dans le réel, c'est à
dire dans une vie qui donne sens à la fois au temps et à l'espace. Il s'agira donc d'une
proposition réelle de participation à la vie du lieu, avec une prise de responsabilité
progressive selon les possibilités de chacun, dans l'ensemble des activités à la fois
dans le foyer et à l'extérieur.
Nous pouvons nous baser sur l'expérience acquise au cours des années de fonctionnement du CAT le Grand Réal pour dire que les personnes qui souffrent d'autisme ou de psychoses graves depuis leur petite enfance ont particulièrement besoin de pouvoir faire l'expérience prudente et progressive d'une réussite même à un tout petit niveau. Il est capital que les activités proposées soient significatives à la fois de création et de relations humaines .
Moyens en infrastructure
Les personnes qui soufrent de psychose ou d'autisme vivent souvent des périodes
difficiles au cours desquelles elles extériorisent violemment et maladroitement leur
désarroi. Ces moments de crise trouvent un écho multiplicateur chez leurs camarades et
l'ensemble du groupe est alors en désarroi. Notre expérience nous a prouvé que pour
rendre la vie supportable et pour, dans la mesure du possible, assurer à ces personnes
une bonne qualité de vie, il faut organiser leur habitat sous forme de groupes qui ne
dépassent pas huit personnes. C'est pourquoi nous avons organisé tous nos habitats sous
forme d'un réseau de maisons, distantes de quelques kilomètres les unes des autres et du
centre d'activités, chacune ayant sa vie propre en-dehors des temps d'activités
collectives.
Pour ces personnes, encore plus que pour d'autres, exister ne prend de sens que dans la possibilité de participer.
Leur contribution, fut-elle infime, n'aura sans doute que peu de valeur économique, mais elle prendra pour elles une valeur d'existence en leur ouvrant un temps de vie qui ne soit plus centré sur la maladie ni sur le désarroi qui en résulte, mais sur une activité partagée.
Il faut noter que pour ces personnes participer commence par le respect
de ce que font les autres (ne pas casser, ne pas arracher) ce qui est à l'image du
respect que l'on acquiert de soi-même.
Il n'y a pas de qualité de la vie sans respect de soi.
Actuellement (octobre I997) 3 habitats sont envisagés, tous situés dans la vallée de
l'Issole:
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- la maison située dans la propriété de Valbonne (Commune de Cabasse) - une maison située dans le village de Flassans (zone urbaine) - une maison à construire sur un terrain à acquérir dans une commune voisine |
En accord avec les organismes de tutelle, c'est à dire la DDASS du Var et le Conseil
général du var, nous avons opté pour une ouverture en deux temps:
ouverture en juin 1998 sur les sites de Cabasse et de Flassans, soit deux groupes d'habitat et les activités nécessaires pour que les personnes accueillies aient une vie intéressante.
ouverture ultérieurement, en l999 ou en 2 000 du troisième groupe d'habitat qui sera une construction neuve sur un terrain non encore déterminé. Ce troisième lieu comportera deux chambres totalement accessibles permettant l'accueil de personnes qui auraient éventuellement des difficultés de mobilité surajoutées à l'autisme ou qui pourraient les avoir en vieillissant.
Activités
Une partie des activités proposées sera en lien direct avec le CAT le Grand Réal, une
autre partie concerne la vie quotidienne sur les lieux d'habitation.
Les activités seront multiples, afin d'éviter toute répétition stéréotypée et de permettre des propositions nouvelles selon les étapes de la vie de chaque personne.
Les horaires sont très importants pour ces personnes. L'horaire collectif leur permet de
se repérer dans le temps et de faire peu à peu la distinction entre les temps de vie
personnelle, les temps de vie de groupe, que l'on pourrait appeler les "temps
familiaux" et les temps de vie où l'on se tourne vers les autres, vers une activité
qui produit quelque chose (jardinage, atelier d'imprimerie), vers une activité qui
participe à la vie (petit élevage).
Les horaires des activités se rapprocheront des horaires de travail, ceci dans le souci d'instaurer un rythme de vie aussi proche que possible de celui de la population en général : partir au « travail » le matin, revenir après 17 heures.
Liens avec le Grand Réal
C'est l'exploitation agricole gérée par l'Association la Bourguette au Grand Réal
(Vaucluse) qui gérera les terres de la propriété de Valbonne (4 h 46) et les activités
agricoles qui peuvent en découler.
Il est envisagé de planter des fruits rouges sur ces terres qui sont actuellement des friches. La vallée de l'Issole était plantée de pruniers autrefois. Nous allons faire un essai de réhabilitation d'une partie des terres en verger.
Ces plantations permettront à ceux qui participent aux travaux d'expérimenter le
rythme des saisons avec les travaux particuliers à chacune d'elles. Ils pourront
également participer à la transformation des produits de leurs efforts, par exemple en
vinaigre de framboises, ou en confitures pour la maison autant d'occasions de contacts
avec la vie, avec les changements que les autistes redoutent et qui, dans le contexte des
activités, prennent un sens rassurant.
Nous envisageons également la plantation d'herbes aromatiques sur une partie de la colline qui fait partie de la propriété de Valbonne (4 hectares). Cette colline a été ravagée par une coupe récente. Un programme de reboisement est également à l'étude.
Ces liens avec une réalité économique extérieure permettent, comme l'expérience nous
l'a confirmé, d'éviter que ce ne soit la maladie ou la nécessité d'un passe-temps qui
gouvernent les activités.
Activités liées à l'habitat
Chacun des trois lieux d'habitation est entouré d'un jardin permettant la création d'un
petit potager pour les besoins domestiques. A Valbonne il sera également possible de
créer une petite basse-cour.
A ces activités viendront s'ajouter la participation à la préparation du repas de midi, à l'entretien de la maison, la participation aux travaux de lingerie etc.
Les activités décrites sont autant de propositions diversifiées et la répartition
dans les groupes d'activité se fera en fonction des intérêts manifestés, des
changements nécessaires afin d'éviter toute stéréotypie ou tout conflit entre
personnes.
Un effort particulier d'accompagnement et de soutiens individuels est programmé au Cours des réunions hebdomadaires, moment ou chacun, accompagné et accompagnateur peut s'exprimer sans difficultés.
Les temps de vie personnelle dans le lieu d'habitat.
Ces temps sont particulièrement importants. La maison est le lieu de soins du corps
et d'aide à la personne dans sa rencontre difficile avec le réel qui la concerne de
très près. Le médecin généraliste devra intervenir dans les maisons, assisté par
l'infirmière et les aides médico-pédagogiques. Les personnes qui souffrent de psychose
grave ou d'autisme ont une relation particulière avec leur corps et ne savent pas
exprimer leur souffrance, dire et montrer où elles ont mal (maux de dents, par ex.),
apporter les petits soins nécessaires au quotidien (désinfecter une petite coupure etc.)
et encore moins montrer, exprimer, des souffrances internes (maux de ventre) .II faut les
aider quotidiennement à prendre soin de leur corps. C'est là surtout un travail
d'observation, de bonne connaissance de la personne afin de détecter les changements qui
peuvent être signes de souffrance physique.
Le médecin psychiatre, en coopération avec le médecin généraliste, fera faire tous les examens médicaux extérieurs qu'il jugera nécessaires en cas de besoins particuliers. Il peut s'agir par exemple des soins dentaires (souvent problématiques pour ces personnes) ou de tout autre besoin de soin du corps. L'infirmière sera responsable de la mise en oeuvre des traitements prescrits ainsi que des régimes alimentaires éventuellement nécessaires.
C'est également dans chaque maison que l'on s'occupera des vêtements de chaque
pensionnaire, de la gestion de ses besoins et envies, en fonction de ses disponibilités
financières et des relations avec les famines pour une organisation harmonieuse de tout
ce qui concerne l'habillement d'une personne adulte dans le respect de son droit au choix.
C'est aussi dans les maisons que l'on apprendra aux pensionnaires à prendre soin de leurs
vêtements. C'est un travail très important car le vêtement est l'élément le plus
proche du corps et en prendre soin, c'est prendre soin de soi et donc de sa propre
réalité d'existence. Une lingère veillera à la propreté du linge de maison .
Organisation des rythmes de vie
C'est encore dans chaque maison, ou à partir de chaque maison, que seront organisées les activités des dimanches, les sorties et les vacances, c'est à dire toutes les alternances de lieu et de rythme de vie qui sont parfois difficiles à accepter par les personnes autistes et qui sont pourtant indispensables à leur structuration humaine. L'éducateur spécialisé et le chef de service seront plus particulièrement chargée de l'organisation de cette animation, tant dans les maisons qu'au dehors.
L'Association La Bourguette a créé une Association de Loisirs qui propose des
séjours pour les adultes du CAT le Grand Réal, du CAT de Saumane (Gard) et d'autres
établissements pour adultes autistes ou psychotiques. L'expérience a montré que ces
échanges sont porteurs d'une bonne dynamique pour certains adultes .
C'est aussi à partir des maisons que seront organisées les sorties en famille ou rencontres avec la famille selon des contrats à conclure au cas par cas avec chaque famille en fonction des besoins de l'intéressé, de ses parents, de ses frères et soeurs.
Les moyens donnés au personnel.
L'accompagnement au quotidien de personnes souffrant de troubles graves de la
personnalité est une tâche difficile Le personnel a besoin d'être soutenu dans cette
tâche de manière régulière, notamment par les réunions institutionnelles
hebdomadaires avec les pensionnaires au cours desquelles tous les événements sont repris
et traités collectivement. Ainsi la personne n'est plus seule face au problème qui a
provoqué une crise à un moment donné de la semaine, mais peut en permanence se
référer à l'institution, à la loi du lieu.
Par ailleurs, des synergies sont prévues avec le personnel du Grand Réal, sous forme de stages ou tous autres moyens d'échange.
Formation initiale et formation continue du personnel
La formation initiale du personnel sera celle dispensée selon la spécialité par
l'école d'infirmière, l'école d'éducateurs, la formation d'A.M.P ou encore toute
formation technique pour le personnel chargé du fonctionnement des activités.
Formation complémentaire
Les personnes qui n'ont pas encore travaillé dans les établissements de
l'Association la Bourguette feront des stages, notammen à L'IME afin d'acquérir une
expérience des difficultés des enfants.
Cette formation complémentaire sera demandée, selon le cas dans le cadre d'un pré-fonctionnement ou dans le cadre du plan annuel de formation, à l'ensemble du personnel, y compris au personnel administratif et au personnel des services généraux.
Formation continue
Le personnel de l'Association la Bourguette a créé une association de formation
continue
(APAR) qui organise 3 à 4 journées de formation par an autour d'un auteur qui vient
expliquer son livre ou sa thèse, ces journées sont précédées d'un travail personnel
de lecture, de discussions de groupe. Elles sont ouvertes à présent au personnel
d'autres associations afin d'améliorer l'échange des pratiques. Ces sessions figurent
dans le plan annuel de formation de chaque établissement au titre des formations
collectives.
Ceci n'exclue pas les formations individuelles possibles dans le cadre du plan annuel de formation.
Formation hebdomadaire
Les réunions de parole instaurées dans les groupes d'habitat et pour les activités
sont une occasion régulière d'apprentissage des modes de prise en charge des personnes
autistes. Ces réunions sont animées par le directeur, auteur du projet, et par le
médecin psychiatre. Elles sont obligatoires et comprises dans les horaires de travail du
personnel.
Nous considérons que toutes ces formations sont indispensables pour ce qui concerne l'accompagnement des personnes en souffrance vers une vie réellement humaine.
Programme technique: les lieux
La maison centrale Activités de jour + habitats Domaine de Valbonne
La propriété qui servira de lieu central est située dans le Centre - Var, à environ 2 Km du village de Cabasse et à 12 Km de Brignoles sur la route départementale reliant la N7 à Carcès, dans la vallée de l'Issole. C'est une maison de maîtres (300m2 environ sur deux niveaux) et plusieurs dépendances (600 m2 environ), lieu central d'un domaine viticole dont les vignes ont été vendues il y a un certain temps.Il reste 3 hectares de terres et 8 hectares de bois.
La propriété est située un peu en hauteur avec vue sur les champs et sur l'Issole, elle
est entourée de beaux vieux arbres, pins, chênes et cyprès ce qui lui donne une belle
allure.
Les surfaces cadastrées couvertes sont bien suffisantes pour que l'on puisse y organiser un habitat autonome pour un groupe de 8 personnes dans la maison de maîtres et par ailleurs, les parties communes nécessaires ainsi que les ateliers. Le secrétariat et les bureaux nécessaires seront également situés dans l'ancienne maison de maîtres.
Tout est à restaurer.
L'habitat
La maison principale est un grand bâtiment d'une centaine d'années, très sain. La
distribution interne est curieuse, les sanitaires insuffisants et la cuisine pratiquement
inexistante. Il faut donc réorganiser totalement le volume intérieur. C'est une maison
qui comporte d'un côté deux étages et de l'autre un étage et des combles.
Notre expérience nous a prouvé qu'il faut trois chambres de deux lits et deux chambres à un lit respectant ainsi les désirs des pensionnaires de partager ou non cet espace pour le sommeil. Nous avons constaté que les personnes souffrant d'autisme ou de psychoses graves ne cherchent pas à utiliser leur chambre pour une vie personnelle. La vie se passe en groupe, en marge du groupe pour certains, mais toujours en présence du groupe.
Les chambres ne sont utilisées que pour le sommeil. C'est pourquoi il est important d'aménager tous les lieux de vie commune de manière très conviviale et confortable y compris la terrasse pour prendre son petit-déjeuner tranquillement le dimanche ou pour les dîners les soirs d'été.
La maison principale est totalement séparée des dépendances, un peu surélevée par
rapport à celles-ci.
C'est un lieu tout à fait distinct et qui peut donc être de fonctionnement parfaitement
autonome.
Les dépendances
Dans l'état actuel du projet, il est simplement prévu de réparer la toiture effondrée d'une des dépendances, de refaire l'installation électrique dans ce lieu ainsi que dans l'ancien chais qui est par ailleurs en bon état. Les aménagements se feront au fur et à mesure du développement des activités, lorsque les besoins pourront être déterminés avec plus de précision.
La maison de Flassans: le Relais de poste
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Cette maison est située en plein village de Flassans, dans la rue
principale, juste à côté de la poste actuelle. C'est d'ailleurs l'ancien relais de
poste. Ceci veut dire que la maison jouxte une très grande grange dans laquelle on
pénètre par une imposante porte cochère. A l'arrière de la maison se trouve un très joli jardin en terrasses, comme c'est le cas pour toutes les maisons dans cette rue. Ce jardin, (8 000 m2) orienté vers le sud est totalement clos par un mur en vieilles pierres. Il comporte trois niveaux et se termine par un verger. Sur un des niveaux se trouve une jolie piscine. |
La maison a été aménagée récemment avec beaucoup de goût et de savoir-faire. Elle
est habitable immédiatement moyennant quelques transformations pour notre usage, c'est à
dire création de deux cloisons pour séparer des chambres trop grandes, création de
salles d'eau supplémentaires, réaménagement de l'espace cuisine - salle à manger en
fonction des normes imposées.
Le troisième lieu sera déterminé ultérieurement